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B Corp… or not to be?

Auteur : Julie de La Sabliere | | Blog

Le débat français sur l’objet social de l’entreprise, comme le mouvement B Corp né outre-atlantique, sont les témoins d’un changement qui questionne et modifie en profondeur la conception du rôle de l’entreprise dans notre société.

Ceux qui y voient la simple réaffirmation des principes de la responsabilité sociale d’entreprise se trompent. Depuis une vingtaine d’années, les démarches RSE initiées dans les entreprises visaient (au mieux) à neutraliser ou compenser les effets de leurs activités sur la société et l’environnement. Une quête évidemment nécessaire et louable, mais dont on sent aujourd’hui qu’elle n’est plus à la hauteur des enjeux. Avec l’entreprise à mission ou les B Corp, l’ambition est plus haute : viser une contribution positive de l’entreprise sur la société et l’environnement en transformant le cœur du business model pour concilier recherche du bien commun et de la performance économique. 

L’émergence de l’idée même de « business à impact positif » n’est pas seulement le fruit de nouvelles exigences des consommateurs et des collaborateurs. Elle naît aussi de la prise de conscience, dans tous les secteurs, de la fragilisation des modèles économiques sous l’effet croisé de la transformation digitale, du changement climatique et de la mondialisation des échanges. Le scénario du « business as usual » n’est tout simplement plus possible.

Le mouvement B Corp est intéressant, car en quelques années, il a su convaincre actionnaires et investisseurs et séduire plus de 5 000 entrepreneurs aux Etats-Unis, 25 000 dans le monde pour exister aujourd’hui comme un label qui compte aux yeux des parties prenantes et qui comptera demain, à n’en pas douter, auprès des consommateurs finaux. Certes, les B Corp sont encore majoritairement de taille modeste, mais la démarche d’un groupe comme Danone ou l’introduction en bourse de Laureate Education aux Etats-Unis montrent que les grandes organisations sont aussi désireuses de rejoindre le mouvement.

Deux raisons expliquent le succès international de B Corp : le pragmatisme, d’une part, et la dynamique communautaire d’autre part. A l’inverse de toutes les normes et certifications que nous avons imaginées en Europe depuis trente ans, B Corp a réussi à construire un référentiel qui s’appuie sur la vision stratégique de l’entrepreneur, sur ce qu’il ou elle définit comme son « purpose », sa raison d’être. Elle place ainsi l’entreprise dans une démarche volontaire qui est d’autant plus facile à animer et partager par les collaborateurs et les parties prenantes qu’elle est totalement connectée à l’ADN de l’entreprise. Ainsi elle valorise sa différenciation au lieu de chercher à la ‘mettre en conformité’. Second élément du succès : l’envie d’en être ! Qui retire de la fierté de travailler dans une entreprise labellisée HQE ou ISO ? Alors oui, on peut dire que B Corp, c’est de la communication. Mais, dans le bon sens du terme. C’est avant tout une initiative inspirante qui donne envie de s’engager, et de rejoindre une communauté d’entrepreneurs qui vous ressemblent et vous aiderons à avancer. Sur ce point, nous devrions sans doute nous inspirer de nos amis américains.

Mais, en même temps, sommes-nous prêts à accepter qu’un mouvement, auquel beaucoup croient et aspirent profondément soit porté par un label d’origine américaine qui porte en France et en Europe? Quand on va à la rencontre des B Corp américaines, on réalise à quel point nos environnements économiques, sociaux, culturels diffèrent. Bien souvent, ce qui est vertueux outre-atlantique nous semble une évidence en France, comme le fait d’octroyer un congé maternité digne de ce nom aux femmes enceintes par exemple. Alors, les acteurs européens ne devraient-il pas se saisir de ce moment, pour montrer que nous formons une communauté de valeurs… dans le business aussi. Que nous devons être fiers d’avoir sur créer les conditions d’un marché qui respectent certains principes fondamentaux en matière de droits sociaux, d’accès aux soins ou à l’éducation, et que ceux-ci ne sont pas des handicaps, mais des atouts dans la mondialisation. Si nos pionniers de l’entreprise à mission choisissent le drapeau B Corp, n’abandonnons-nous pas aux Etats-Unis un formidable outil de soft power alors même que nous avons tout en Europe pour construire mouvement positif et pionnier?

En France, le Haut-Commissaire à l’Economie Sociale et Solidaire, Christophe Itier, a lancé, en janvier dernier, une initiative forte et emblématique avec le #FrenchImpact. Il s’agit, à la fois, d’un plaidoyer et d’un mouvement pour mobiliser tous les acteurs qui veulent faire de l’innovation sociale un véritable levier de transformation. C’est une vision que nous pourrions élargir et porter au-delà de nos frontières : unir les bonnes volontés en France et en Europe pour construire notre propre bannière et faire avancer cet idéal d’un monde économique à impact positif.

Julie de La Sablière