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Parlementaires, prenez exemple sur les actionnaires de Mirliton !

Auteur : Ziad Gebran | | Blog

Mardi 12 février, le Sénat a voté une version du projet de loi Pacte dépouillée de son article 61, permettant à une entreprise le souhaitant, d’inscrire sa raison d’être dans ses statuts. Il prévoyait aussi une modification du code civil pour y intégrer l’obligation de prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de son activité.

Quelques jours avant, pourtant, une entreprise a fait voter en Assemblée générale, par une large majorité d’actionnaires, la formalisation de sa mission, ainsi que la création d’un Comité mission qui doit valider tout investissement supérieur à 20 millions d’euros. Cette entreprise, c’est Mirliton, un acteur majeur de l’agroalimentaire, qui compte 11 000 salariés et 2 milliards d’euros de chiffres d’affaires, devenue la première entreprise à mission française cotée. Le lendemain de ce vote, son cours de Bourse a pris 8 %.

Ce scénario est fictif, mais pourrait bien être réaliste, à condition que l’Assemblée nationale rétablisse cet article 61 dans sa rédaction initiale lors de la prochaine Commission Mixte Paritaire prévue le 20 février. C’était le scénario de l’AG du futur, organisée par le cabinet en philanthropie Prophil, en partenariat avec Usbek & Rica, et à laquelle nous avons contribué.

Plus de 600 personnes ont joué, le temps d’une soirée, le rôle d’actionnaires de Mirliton. Réunis au Théâtre du Gymnase, le 4 février dernier, ils ont écouté les explications de Geneviève Ferone, fondatrice de Prophil et présidente de l’entreprise, et d’Anne-Lise Bance, secrétaire générale de séance et directrice générale adjointe du cabinet dans la vraie vie. Les deux ont incité le public à voter pour leurs résolutions permettant d’installer le caractère contributif de leur activité. Elles étaient appuyées dans leurs argumentations par Bertille Knuckey du fonds Sycomore, soutien de l’événement.

Cet événement a aussi permis d’entendre les points de vue de Maxime de Rostolan (fondateur de Fermes d’Avenir), d’Hortense Harang (fondatrice de Fleurs d’Ici), de Jean Moreau (fondateur de Phénix), ou encore de William Bourdon, avocat du climat, sur cette transformation structurelle du rôle de l’entreprise dans la société.

https://usbeketrica.com/article/tremblez-actionnaires

Le format innovant de cette pièce participative, et les interventions actives du public qui a pu poser ses questions sur les entreprises à mission, a permis de faire la lumière sur ce statut innovant, qui répond à une forte attente de l’opinion vis-à-vis des acteurs économiques. La question du rôle de l’entreprise dans la société est plus que jamais au cœur de l’agenda des dirigeants. Larry Fink, PDG de BlackRock, n’a-t-il pas titré son message annuel aux actionnaires « Purpose and Profits » ?

D’ailleurs, une récente étude du Boston Consulting Group et de l’association Entreprises et Médias (présentée au colloque Com-Mutations de cette dernière, que nous avons co-organisé) montre que 2/3 des Comités de direction eux font de l’expression de leur « raison d’être » (purpose) un enjeu stratégique. Pour 69% d’entre eux, elle constitue un levier stratégique majeur pour l’entreprise à long terme.

https://www.bcg.com/fr-fr/d/press/February01-France-press-release-213090

Mais, comme le Parlement, les entreprises ont encore un bout de chemin à faire pour que cette intention se réalise. Un quart seulement de ces mêmes Comités de direction affirme que la « Raison d’être » est bien formulée et comprise.

 

Ziad Gebran