Cinq millions d’hectares. C’est, au Kenya, la surface des terres mobilisées pour produire des crédits-carbone voués à compenser les émissions des entreprises des pays industrialisés. Soit l’équivalent de la surface des terres cultivables de ce pays. Ce chiffre, établi par le centre néerlandais de recherche sur les multinationales SOMO, peut être interprété de plusieurs façons.
Pour le président William Ruto, la manne potentielle des crédits-carbone est le moyen de financer une économie plus résistante aux chocs climatiques et de réduire les émissions du Kenya de 35 % d’ici 2035. Pour les auteurs de l’étude, en revanche, l’analyse n’est pas la même.
Selon eux, les terres ayant vocation à produire ces crédits fragilisent la sécurité alimentaire des populations. Les agriculteurs perdent leur autonomie dans le choix des cultures, dans celui de couper des arbres ou de cultiver certaines parcelles. De plus, les accords sont conclus pour des durées allant de vingt à cent ans, parfois sans une information complète des premiers concernés.
Une loi adoptée en 2024 prévoit que 40 % des revenus reviennent aux communautés, une fois déduit le coût de fonctionnement du projet, le paiement de la certification, la commercialisation des crédits. Mais plusieurs observateurs dénoncent un partage inégal des bénéfices.
Les controverses juridiques se multiplient. Le projet « Northern Kenya Rangelands Carbon Project », considéré comme le plus grand projet au monde de séquestration de carbone dans les sols, a ainsi déjà été suspendu deux foispar Verra, le principal organisme de certification.