Amoureux du ballon rond, les amateurs de football que nous sommes ne peuvent s’empêcher d’être ambivalents à l’heure où la Coupe du monde fait son grand retour, après le coup d’envoi donné à Mexico ce 11 juin.
Côté pile : l’excitation face à une compétition internationale qui parvient à susciter l’enthousiasme général à chacune de ses éditions. Organisée entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada et réunissant pour la première fois 48 équipes, elle a été conçue comme le plus grand Mondial de l’histoire et s’annonce déjà comme le plus lucratif.
Côté face : des interrogations face à un modèle de plus en plus décrié. Quatre ans après une Coupe du monde qatarie dont les dérives écologiques et éthiques avaient suscité de nombreux appels au boycott, les doutes restent permis. Les scientifiques du groupe Scientists for Global Responsibility estiment que le tournoi va générer au moins 9 millions de tonnes d’équivalent CO₂. Le double de la précédente édition et quatre fois les émissions des JO de Paris 2024. Le transport aérien représentera, à lui seul, 86 % de cette empreinte carbone. Cela s’explique par le format particulier de cette Coupe du monde : répartie sur toute l’Amérique du Nord, elle va provoquer une explosion des déplacements en avion pour les équipes, les médias et les millions de supporteurs. La BBC a même calculé ce que devront parcourir les supporters britanniques si leur équipe se hisse en finale : 23 654 kilomètres, soit plus d’un demi-tour du monde.
Cette fuite en avant percute les propres promesses de la FIFA, qui s’était engagée à réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Elle pourrait aussi nuire aux matchs eux-mêmes. Un quart d’entre eux se dérouleront sous des « chaleurs dangereuses », combinant des températures supérieures à 28 °C et une humidité extrême. Une menace pour la santé des athlètes et une rupture d’équité, certaines équipes – dont celle de France – étant moins habituées à ce type de conditions que d’autres.
Enfin, de l’octroi d’un « Prix de la paix » à Donald Trump par la FIFA au refus d’entrée sur le territoire américain pour l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan (pourtant désigné meilleur arbitre de l’année 2025 par la Confédération africaine de football), il semble impossible de ne pas s’interroger sur l’instrumentalisation politique du tournoi, entre accommodements de la FIFA et agenda intérieur américain.
Alors, comme lors de chaque édition désormais, c’est avec cette ambivalence en tête que les amateurs de football profiteront des 104 matchs prévus jusqu’à la finale le 19 juillet prochain.