La dernière fois qu’un fast-food avait suscité autant de débats, c’était en 1999, lorsque la Confédération paysanne avait « démonté » un McDo à Millau. La guerre déclarée mi-avril par Karim Bouamrane, le maire PS de Saint-Ouen, à l’enseigne Master Poulet entraîne une cascade de retombées médiatiques. C’est que le sujet de la déferlante des échoppes de poulet frit ou grillé, loin d’être une simple question d’aménagement urbain, touche de profondes thématiques sociétales.
Selon le cabinet Food Service Vision, celles-ci ont enregistré un chiffre d’affaires en croissance de près de 10 % en 2023 et 2024. Sur UberEats, les commandes de « crousty » ont bondi de 323 % entre janvier 2025 et janvier 2026. C’est d’abord l’aspect nutritionnel et environnemental qui interroge. Pilon de poulets à 1 euro, barquettes géantes à 9 euros… Pour tirer de tels prix, ces enseignes s’approvisionnent principalement en Pologne où les volatiles sont nourris de soja cultivé outre-Atlantique, puis importés par camion.
Arrive ensuite la question de la gentrification de banlieues. Karim Bouamrane fustige « la prolifération de la “junk food” qui engendre des nuisances sonores, olfactives et des attroupements ». Pour motiver son blocage du restaurant, il plaide le respect envers les habitants des quartiers populaires. Ses opposants, eux, l’accusent de vouloir transformer Saint-Ouen en « 21e arrondissement de Paris ».
Plus largement, les fameuses barquettes concentrent des enjeux de classe sociale, d’origine et de génération. Chez Tasty Crousty, les vidéos Instagramancrent la chaîne dans un imaginaire social précis, à la croisée de la jeunesse urbaine, des cultures populaires et des trajectoires migratoires.
Reste sans doute la seule question qui vaille vraiment : est-ce que c’est bon ? Et pour y répondre… Il faut aller déguster !