L’Union européenne est encore loin d’avoir trouvé la voie de son indépendance sur les matériaux stratégiques. Dans un récent rapport, la Cour des Comptes européenne alerte : la politique menée a « peu de chances de mener à une sécurisation de l’approvisionnement de l’UE à l’horizon 2030 ».
Les matières premières critiques sont pourtant indispensables à la transition énergétique ainsi qu’au numérique et à la défense. Le diagnostic est sans appel. Pour la majorité des 34 matières premières classées critiques, l’Europe dépend de pays tiers pour son approvisionnement. Parmi les 26 indispensables à la transition énergétique, 10 sont entièrement importées, malgré l’adoption fin 2023 du Critical Raw Materials Act, censé réduire cette vulnérabilité à l’horizon 2030.
Le rapport pointe plusieurs freins structurels. Les objectifs du CRMA restent peu contraignants, les capacités industrielles insuffisantes sur l’ensemble de la chaîne de valeur, et les procédures administratives longues et complexes. Les partenariats internationaux engagés ces dernières années n’ont, pour l’heure, qu’un impact limité sur la réduction des dépendances, d’autant plus que le marché est dominé par la Chine, qui contrôle environ 70 % de l’extraction mondiale des terres rares et plus de 90 % de leur raffinage.
Face à cette domination, Bruxelles n’est pas seule à chercher des alternatives. Les États-Unis ont annoncé un investissement de 12 milliards de dollars, dans le cadre du « Project Vault », afin de constituer une réserve stratégique de terres rares et de minerais critiques. S’ils disposent déjà d’une réserve destinée à l’industrie de la défense, ce nouveau projet, à destination d’entreprises civiles, vise à réduire leur exposition aux chocs et à la volatilité. Washington a, par ailleurs, organisé récemment un sommet dédié au sujet, réunissant les Européens mais aussi de nombreux pays africains. Un rapprochement est en cours entre l’Union Européenne et Washington pour coordonner leurs stratégies, même si l’Europe avance avec prudence.